
Crédit photo: Alexis Huget/AFP
Paris, le 1er octobre 2025 – Le Centre Méditerranéen pour la Paix et la Sécurité (CMPS) exprime sa profonde inquiétude face aux développements alarmants en République démocratique du Congo (RDC), tels que présentés cette semaine devant le Conseil de sécurité des Nations Unies par la Représentante spéciale du Secrétaire général, Mme Bintou Keita.
En dépit des récents efforts diplomatiques, notamment l’Accord de Washington signé le 27 juin entre la RDC et le Rwanda, ainsi que les déclarations subséquentes avec des groupes armés, la paix en RDC demeure largement insaisissable. Sur le terrain, la violence continue de faire des victimes et de déplacer des communautés à un rythme alarmant. Depuis le mois de juin seulement, plus de 1 000 civils ont été tués en Ituri et au Nord-Kivu, et un nombre encore plus élevé de personnes sont menacées, déplacées et confrontées à la faim.
La persistance des hostilités de l’AFC/M23 et d’autres groupes armés, dont l’ADF et le CODECO, illustre l’écart entre les accords formels et la réalité sécuritaire vécue par les civils congolais. Le remplacement des institutions étatiques par des structures parallèles, le recrutement de milliers de nouveaux combattants et l’intensification des attaques contre les populations civiles révèlent une crise de gouvernance, de sécurité et de protection humanitaire.
Tout aussi préoccupant est le sous-financement aigu de la réponse humanitaire. Avec seulement 15 % de l’appel humanitaire 2025 financé, plus de 27 millions de Congolais sont désormais confrontés à l’insécurité alimentaire, et l’aide vitale est suspendue ou réduite. Cet effondrement du financement, conjugué aux restrictions imposées aux opérations de la MONUSCO et aux attaques contre les acteurs humanitaires, menace d’aggraver encore la catastrophe humanitaire.
Le CMPS réaffirme que la protection des civils, l’État de droit et la reddition de comptes pour les violations graves doivent rester au cœur de tout effort de paix. Les initiatives diplomatiques ne sauraient réussir sans une volonté politique réelle, le respect de la résolution 2773 (2025) du Conseil de sécurité des Nations Unies, ainsi qu’un soutien renforcé aux institutions congolaises et à la société civile.
La crise dans l’est de la RDC n’est pas seulement une tragédie nationale : elle constitue également une menace pour la stabilité régionale. Le CMPS appelle :
- Tous les acteurs armés à cesser immédiatement les hostilités et à respecter le droit international humanitaire ;
- La communauté internationale à accroître d’urgence le financement humanitaire et à appuyer le mandat de protection de la MONUSCO ;
- Les parties prenantes régionales et internationales à veiller à ce que les accords ne soient pas seulement signés mais effectivement mis en œuvre, avec des mécanismes de suivi et de responsabilisation ;
- Les États et institutions multilatérales à renforcer le dialogue et à investir dans des solutions durables qui s’attaquent aux causes profondes de l’instabilité, notamment les déficits de gouvernance, l’impunité et les conflits liés aux ressources.
La crise en RDC illustre une leçon plus large : la paix ne se mesure pas aux accords consignés sur le papier, mais à la sécurité vécue, à la dignité et aux droits des populations. Le CMPS réaffirme sa solidarité avec le peuple congolais et continuera de plaider pour des approches pragmatiques, fondées sur les droits et durables, en matière de paix et de sécurité en Afrique et au-delà.
